Ma Bohème - Arthur Rimbault


Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot soudain devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal ;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

# Posté le samedi 05 septembre 2009 10:33

Recueillement - Charles Baudelaire, in Les fleurs du mal


Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

# Posté le samedi 05 septembre 2009 10:31

Complainte amoureuse - Alphonse Allais


Oui dès l'instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l'amour qu'en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez
Qu'ingénument je vous le dise
Qu'avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu'enfin je m'opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez

# Posté le samedi 05 septembre 2009 10:28

Complainte de la folie suffocante


Dans les rues, où, je cotoie mes semblables
Me submergent des états psychopathes
Voilà donc, mes vices épouvantables,
La torture! de démons écarlates.

Mon esprit est un affabulateur
Je deviens, la pitre, faible et aigrie
Marionnette d'irrationnelles peurs
Et à chaque pas, de plus, je m'affaiblis !

Ah !
Le néant s'affaire à mon opression
On m'épie, je maudis, quelle folie !
J'ai peur !
Mon corps est victime de compression
Je ne suis plus, que haine et jalousie !

Sur le bitume gris, marche une folle
Ses yeux sont aussi noirs, que son regard
Démarche saccadée, qu'elle est bizarre !
- Je veux, une camisole ! Je m'isole !

# Posté le mercredi 02 septembre 2009 09:01

Modifié le samedi 05 septembre 2009 10:35

L'avènement d'une femme


Dans le soir bleu l'immensité de la nuit brille
Et vivent les solitudes qui régénèrent,
Mystiques et passionnées, les amours scintillent
Dans son immortelle beauté et son mystère.

Je quitte mon reflet dans la haute fenêtre
Jouissant d'une liberté propre aux temps nocturnes,
Attend déjà ma venue,un délicieux être
Que je vais rejoindre protégé par la Lune.

Je pénètre dans cette chambre ensorcelée;
Comme évanoui sur le haut trône d'ébène
M'attend le corps charnu à la blancheur lactée
De la belle madone nourrissant mes veines,

Surplombant des velours et des satins de poupre,
Comme une lune naissante et un ciel de sang.
En moi un désir gourmand contre mes sens souffre,
Peint en ce tableau rouge aux charmes luxuriants.

Je grimpe sur le théâtre de notre amour
Dans de nombreux frissons charnels nos corps se frôlent
Nos chairs éprises s'unissent dans un contour,
Dans le partage d'une effervescence folle.

Dans le brouillard, nous nous caressons de baisers
Et nous découvrons entièrement l'un à l'autre,
Le sang gicle ! Sur ces draps de soie arrosés
Ce grand soir, elle fût la nymphe et moi l'apôtre.

# Posté le lundi 24 août 2009 06:11

Modifié le samedi 05 septembre 2009 10:35